• Point de mire: polaire

Qui se ressemble s’assemble ou les opposés s’attirent?

Pour former un couple heureux, vaut-il mieux se ressembler ou être différents mais complémentaires? Quelques éléments de réponse.

Les valeurs communes sont plus importantes pour une relation que des traits de caractère similaires. Image: Barbara Egin, «Gerard und Bourke» (1999)
Les valeurs communes sont plus importantes pour une relation que des traits de caractère similaires. Image: Barbara Egin, «Gerard und Bourke» (1999)

«Je ne comprends pas pourquoi Markus et Kathrin sont ensemble. Ils n’ont absolument rien en commun.»
Des remarques comme celle-ci reflètent bien nos croyances sur le rôle de la similarité dans la réussite d’une relation. De nombreuses langues possèdent des expressions qui traduisent cette idée: «Qui se ressemble s’assemble», «Birds of a feather flock together», ou encore «Gleich und gleich gesellt sich gern». Mais l’opinion inverse est tout aussi répandue: «Les contraires s’attirent», «Opposites attract», «Gegensätze ziehen sich an». Qu’en dit réellement la recherche scientifique?

Dans quels domaines les couples se ressemblent-ils le plus?

Les études montrent que les partenaires se ressemblent effectivement dans de nombreux domaines – mais pas tous au même degré. Les plus fortes similarités sont observées au niveau des caractéristiques sociodémographiques telles que l’âge, le niveau d’éducation et le statut socio-économique (r = .40–.90). Viennent ensuite les opinions (r = .40–.70), les habitudes de vie et les loisirs (r = .20–.50), l’attrait physique et la santé (r = .30–.40), ainsi que les compétences et l’intelligence (r = .20–.40).* En revanche, les corrélations sont nettement moins marquées pour les traits de personnalité tels que l’ouverture à l’expérience, la conscience, l’extraversion, l’amabilité et la stabilité émotionnelle (Big Five), ainsi que pour le style d’attachement ou l’estime de soi, où elles dépassent rarement r = .30 [1].

Ces résultats confirment donc que les partenaires se ressemblent bel et bien dans de nombreux aspects de leur vie. Mais qu’est-ce que cela signifie pour la qualité et la stabilité de leur relation? Ces points communs sont-ils vraiment la clé d’un bonheur durable ou est-ce plutôt les différences qui comptent? Les premières recherches allaient dans ce sens: plus les partenaires se ressemblaient, plus ils semblaient satisfaits. Des études plus récentes montrent toutefois que la similarité en tant que telle n’a pas d’effet direct sur la satisfaction conjugale [2]. Cette divergence résulte surtout des méthodes utilisées: les études anciennes ne tenaient pas compte des caractéristiques individuelles des partenaires. Si, par exemple, les personnes ayant une haute estime d’elles-mêmes sont de toute façon plus satisfaites dans leurs relations, on peut facilement avoir l’impression que la similitude dans l’estime de soi est déterminante, alors qu’en réalité, c’est l’estime de soi elle-même qui explique la satisfaction. Les analyses les plus récentes montrent donc que ce ne sont ni les ressemblances objectives ni les différences qui comptent vraiment, mais plutôt le fait qu’une personne possède des caractéristiques favorisant globalement la satisfaction relationnelle.

Les valeurs communes comme «ingrédient secret»?

Reste la question de la similarité ressentie. Parfois, nous trouvons antipathique une personne qui nous ressemble, tandis que nous nous sentons étonnamment proches de quelqu’un de très différent. En recherche, la similarité perçue est effectivement associée à une satisfaction relationnelle plus élevée – surtout lorsque cette similarité concerne les valeurs et le style de vie, puis les préférences romantiques et les opinions [2]. Des recherches qualitatives vont dans le même sens: des couples mariés depuis plus de quarante ans citent les valeurs communes – aux côtés de l’engagement, de l’altruisme, d’une bonne communication, de la capacité de compromis et de la persévérance – comme l’un des principaux «secrets» d’une relation longue et heureuse [3]. Les valeurs religieuses, politiques et éducatives sont particulièrement souvent mentionnées.

Ajuster les projets de vie à temps

Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour la vie de couple? Il est judicieux que les partenaires s’interrogent assez tôt sur ce qui est important pour eux et sur la manière dont ils imaginent leur avenir. Rêvent-ils plutôt d’une maison familiale et d’enfants, ou bien de liberté et de voyages autour du monde? Les projets de vie peuvent différer fortement. Pour cheminer ensemble de la manière la plus harmonieuse possible, il est utile de regarder dans la même direction.

Des traits de personnalité variables – et donc une réponse nuancée

La question du rôle de la similarité ne peut toutefois pas encore recevoir de réponse définitive. En effet, la plupart des études mesurent la similarité à un moment donné seulement. Or, des travaux récents montrent que même des traits jugés relativement stables, comme les Big Five, varient dans la vie quotidienne [4]. Rares sont les personnes qui demeurent toujours aussi ouvertes, consciencieuses ou équilibrées, quelle que soit la situation: la personnalité s’exprime différemment selon le contexte.

Il devient donc pertinent d’observer de plus près la personnalité et les processus relationnels au quotidien. Une approche prometteuse est la «méthode d’échantillonnage des expériences», où les couples remplissent régulièrement de brèves enquêtes sur leur vécu du moment. Un exemple actuel est l’étude AMOR menée par le Département de diagnostic et psychologie différentielle de l’Université de Fribourg-en-Brisgau sous la direction de la professeure Janina Larissa Bühler (cf. encadré). À partir de janvier 2026, 750 couples d’âges variés seront suivis pendant une durée pouvant aller jusqu’à quatre ans. Des enquêtes récurrentes sur smartphone portant sur la personnalité, les événements de la vie et le quotidien doivent permettre d’acquérir de nouvelles connaissances sur l’interaction entre la personnalité et les relations, qui seront utiles tant pour la recherche que pour la pratique.

Grâce à des recherches comme celle-ci, nous serons à l’avenir mieux à même de déterminer si, et pour quelles caractéristiques, le dicton «qui se ressemble s’assemble» s’applique réellement ou si «les contraires s’attirent».

Participants recherchés

Vous souhaitez participer à l’étude AMOR de l’Université de Fribourg-en-Brisgau, qui s’intéresse à l’interaction entre personnalité et relation? La participation est flexible et se fait entièrement en ligne. Les couples reçoivent une généreuse indemnisation ainsi qu’un retour personnalisé sur l’évolution de leur personnalité et de leur relation au fil du temps. Ils contribuent ainsi précieusement à la recherche scientifique tout en bénéficiant des résultats à titre personnel.

Si vous êtes intéressé/e – ou si vous souhaitez transmettre l’information autour de vous – toutes les modalités de participation sont disponibles sur: www.amor-studie.de

Bibliographie

  1. Luo, S. (2017). Assortative mating and couple similarity: Patterns, mechanisms, and consequences. Social and Personality Psychology Compass, 11(8), Article e12337. doi: 10.1111/spc3.12337
  2. From, A., Diamond, E., Kafaee, N., Reynaga, M., Edelstein, R. S., & Gordon, A. M. (2025). Does similarity matter? A scoping review of perceived and actual similarity in romantic couples. Journal of Social and Personal Relationships, 42(10), 2780-2802. doi: 10.1177/02654075251349720
  3. Heim, C., & Heim, C. (2023). «How did you stay together so long?» Relationship longevity, a cross-generational qualitative study. Journal of Marital and Family Therapy, 49(4), 781-801. doi: 10.1111/jmft.12656
  4. Fleeson, W., & Law, M. K. (2015). Trait enactments as density distributions: The role of actors, situations, and observers in explaining stability and variability. Journal of Personality and Social Psychology, 109(6), 1090-1104.  doi: 10.1037/a0039517