• L’étude sur le point de mire

Bains glacés: une analyse froide des preuves

Les baignades dans l’eau glacée sont de plus en plus populaires. Pourtant, le plongeon dans l’eau froide est-il vraiment aussi sain pour la population générale que ce que nous font croire les réseaux sociaux? Une revue systématique de 2025 s’est penchée sur cette question.

Se baigner dans l’eau froide est à la mode – mais est-ce vraiment aussi sain que ce que l’on prétend souvent? Photo: màd
Se baigner dans l’eau froide est à la mode – mais est-ce vraiment aussi sain que ce que l’on prétend souvent? Photo: màd

Les bains glacés sont très populaires. Sur les plateformes comme TikTok et autres, de plus en plus de personnes plongent dans l’eau froide. Elles le font souvent parce qu’elles pensent que le bain glacé améliore la santé physique et mentale, a un effet anti-inflammatoire, augmente le taux métabolique et se répercute positivement sur nos capacités cognitives. Une tendance qui est également visible dans le monde de la consommation: ainsi, en 2022, Amazon a indiqué que les ventes de baignoires spéciales pour bains glacés avaient explosé, passant de moins de 1000 à plus de 90 000 en l’espace de douze mois seulement.

Tandis que les bains glacés ont fait l’objet de nombreuses études dans le domaine de la régénération sportive, leur effet sur la santé en général reste incertain. La revue systématique et méta-analyse de Cain et al. [1] aborde cette lacune de la recherche en analysant onze études cliniques randomisées (ECR), avec un total de 3177 participants, pour évaluer les effets psychologiques, cognitifs et physiologiques des bains glacés. Ce faisant, les auteurs ont respecté les directives en vigueur pour la conception et la rédaction de revues systématiques et donc présenté une étude méthodologiquement robuste.

Étude sur le point de mire

Dans le cadre de la série «Étude sur le point de mire», nous présentons dans chaque numéro une étude en lien avec le thème principal. Pour cela, nous abordons des thèmes marginaux, des questions inhabituelles ou des résultats surprenants, qui donnent des pistes de réflexion, suscitent débat ou dont la lecture peut être amusante.

Les faits, froids et avérés

Les résultats dressent un tableau à la fois fascinant et complexe:

  • Les bains glacés déclenchent une réaction inflammatoire aiguë, avec une augmentation significative des leucocytes jusqu’à une heure après l’immersion, ce qui contredit l’effet anti-inflammatoire avancé. Cependant, cette augmentation reflète probablement en premier lieu des réactions métaboliques telles que la glycogénolyse plutôt qu’une inflammation systémique.
  • La réaction au stress sur la durée est également intéressante: il n’y a pas eu d’effets significatifs sur les cytokines et autres marqueurs de stress mesurés immédiatement après l’exposition. Mais douze heures après le bain glacé, une réduction substantielle et temporaire des marqueurs a été observée. Selon les auteurs, cet effet retardé témoigne de la transition d’une activation sympathique initiale vers une dominance parasympathique.
  • En ce qui concerne l’immunité, la méta-analyse n’a pas trouvé de changements aigus significatifs jusqu’à une heure après le bain glacé. Cependant, la plus grande étude incluse dans la revue, qui n’a pu être évaluée que de manière narrative, a fait état d’une réduction de 29% des absences pour cause de maladie dans le groupe d’intervention. Et ce, bien que les jours de maladie réels soient restés à un niveau inchangé, ce qui soulève des questions intéressantes sur l’interaction entre les bains glacés, la perception de la maladie, le comportement au travail et la fonction immunitaire.
  • La qualité du sommeil s’est améliorée chez les personnes qui avaient pris un bain glacé après un entraînement dans des conditions chaudes. Les indicateurs de la qualité de vie n’ont enregistré qu’une faible augmentation. Quant à l’humeur, elle est hélas restée inchangée, contrairement aux preuves non-ECR qui suggèrent que les bains glacés améliorent le bien-être émotionnel.

La conclusion clinique

Les effets du bain glacé dépendent fortement de la durée et varient en fonction du résultat, ce qui ne permet pas, à ce stade, d’émettre des recommandations générales. De plus, les preuves souffrent de limitations importantes: petits échantillons dans la plupart des études, participants majoritairement masculins (une seule étude incluait des femmes!), suivi à court terme et hétérogénéité considérable des protocoles (les températures variaient de 7 à 15 °C, la durée de 30 secondes à 2 heures).

La conclusion n’est donc pas aussi limpide que l’eau glacée: le bain glacé présente sans aucun doute un potentiel pour une gestion du stress à retardement et une aide au sommeil, mais les preuves actuelles ne corroborent pas l’engouement du moment. La recherche future requiert des échantillons plus grands et plus variés, qui étudient les effets à long terme, les relations dose-effet et les profils de sécurité. En attendant, il convient de pratiquer le bain glacé en faisant preuve d’un certain scepticisme scientifique, et avec une serviette chaude à portée de main.

Bibliographie

  1. Cain T, Brinsley J, Bennett H, Nelson M, Maher C, Singh B (2025) Effects of cold-water immersion on health and wellbeing: A systematic review and meta-analysis. PLoS ONE 20(1): e0317615. doi: 10.1371/journal.pone.0317615.