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Quand le smartphone devient un moyen de gérer le stress
Les médias numériques ne constituent pas seulement un risque pour les adolescentes et adolescents, mais aussi une ressource. Ce qui est déterminant, c’est de savoir à partir de quand une utilisation excessive nuit à l’humeur, à la concentration, au sommeil et à la maîtrise de soi – et quelles mesures de prévention mettre en place dès le plus jeune âge.
11.08.2026
Lorsque nous parlons des adolescentes et adolescents et des médias numériques, nous tombons rapidement dans les extrêmes. Les uns voient dans le smartphone avant tout un danger pour l’image de soi, l’humeur, le sommeil, la concentration et la santé psychique dans son ensemble. Les autres soulignent que les médias numériques constituent également pour les adolescentes et adolescents un moyen de créer des liens, un espace social, une source d’information, un terrain de créativité et parfois même un exutoire. Du point de vue de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, ce n’est donc pas le temps passé devant les écrans en général qui est le facteur déterminant. Il est par exemple plus important de se demander à quel moment l’utilisation des médias devient la stratégie privilégiée pour gérer le stress, l’ennui, la solitude ou des sentiments désagréables. Ou à partir de quand les réseaux sociaux, par le biais de comparaisons constantes, voire de harcèlement, entraînent une détérioration de l’image de soi.
Ne pas céder à l’alarmisme
L’étude jeunesse de Pro Juventute 2026, menée sous la direction scientifique du service de psychiatrie et psychothérapie pour enfants et adolescents de la clinique psychiatrique universitaire de Zurich (KJPP) [1], met également clairement en évidence cette ambivalence. Le stress lié à l’école et à la formation reste le principal facteur d’anxiété. Les préoccupations concernant l’avenir professionnel ont augmenté par rapport à la première enquête. Près de la moitié des jeunes déclarent avoir du mal à poser leur téléphone, et une personne sur cinq estime que sa consommation médiatique est problématique. Dans le même temps, les réseaux sociaux sont plus souvent décrits comme améliorant l’humeur que comme une source de stress direct. Les réseaux sociaux sont utilisés par 60% des filles et des garçons comme stratégies d’adaptation, principalement pour réduire le stress.
Il n’y a là aucune contradiction. Ce qui, à court terme, apaise, distrait ou procure un sentiment d’appartenance peut, à long terme, nuire au sommeil, à la concentration, à l’autorégulation et à la stabilité émotionnelle.
C’est pourquoi, lors de mes exposés sur cette étude, j’ai délibérément mis en garde contre tout alarmisme. Les adolescentes et adolescents ne sont pas simplement «dépendants des médias» parce qu’ils passent plusieurs heures par jour en ligne. L’adolescence est une phase de développement émotionnel, social et cognitif intense. De nombreux adolescentes et adolescents sont sensibles à l’actualité mondiale, au changement climatique, à la pression à la performance, aux normes sociales et aux comparaisons sur les réseaux sociaux. Les médias numériques peuvent accentuer ces pressions – notamment par le biais d’une joignabilité permanente, du cyberharcèlement ou d’idéaux de beauté irréalistes. Une analyse en réseau des données issues de l’étude de Pro Juventute montre que le fait de «se comparer» en permanence constitue l’un des principaux facteurs de risque pour la santé psychique.
Un projet étudie l’utilisation problématique d’Internet
C’est ici qu’intervient le projet BootStRaP financé par le programme Horizon Europe, auquel je participe en tant que responsable d’étude pour la Suisse. Ce projet analyse l’utilisation problématique d’Internet chez les adolescentes et adolescents dans neuf pays européens. Le protocole de recherche BootStRaP prévoit de suivre au total plus de 9000 adolescentes et adolescents âgés de 12 à 16 ans pendant plusieurs mois à l’aide d’une application pour smartphone spécialement développée à cet effet.
Les données recueillies porteront notamment sur l’utilisation d’Internet, la santé psychique, le bien-être, la régulation émotionnelle, les fonctions cognitives et les données d’utilisation passives, en temps réel, sur une période de six mois. Actuellement, différentes stratégies de prévention basées sur des applications sont mises en œuvre dans les établissements scolaires participant au projet. Nous ne nous intéressons pas seulement à la durée de connexion des adolescentes et adolescents, mais aussi aux facteurs de risque – tels que le TDAH ou l’anxiété, une impulsivité accrue ou la réduction du stress grâce aux médias – qui favorisent une utilisation problématique. Nous souhaitons déterminer quelles interventions préventives pourraient aider à titre individuel. Nous publierons prochainement les premiers résultats. Les premières conclusions montrent qu’environ 40% des élèves présentent un risque de développer une consommation médiatique néfaste. Il y a toutefois lieu d’être rassuré: les mesures de prévention semblent porter leurs fruits auprès des groupes à risque.
L’utilisation des médias dans le cadre de l’anamnèse
Pour les médecins en cabinet, cela signifie que l’utilisation des médias devrait faire partie de l’anamnèse psychosociale, sans pour autant être abordée sous un angle moral. Il est judicieux de poser des questions concrètes sur le sommeil, l’organisation de la journée, la pression scolaire, l’activité physique, les relations sociales, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, le cyberharcèlement, le recours à l’IA en cas de soucis, ainsi que sur l’anxiété, la dépression, le TDAH ou d’autres troubles comorbides. Les conséquences physiques telles que le manque d’activité physique, les maux de tête, la fatigue oculaire ou les troubles musculaires en font aussi partie. Il est également important de s’interroger sur la fonction de l’utilisation des médias, par exemple la réduction du stress.
La prévention ne commence pas avec le traitement de la dépendance, mais dès le quotidien: avec des règles familiales réalistes, des moments sans écran, une éducation aux médias, des relations fiables, de l’activité physique et des services d’aide facilement accessibles.
Quelles sont les mesures efficaces?
Chez les élèves qui ne présentent pas encore de risque accru de dépendance numérique, les mesures visant à développer la maîtrise des médias s’avèrent efficaces. Chez les élèves présentant un risque accru ou une utilisation pathologique déjà avérée, les interventions cognitivo-comportementales sont efficaces. Presque tous les parents souhaitent bénéficier de conseils. Ils jouent un rôle-clé, que ce soit en tant que modèle ou en apportant leur soutien, dans le développement de stratégies d’adaptation alternatives.
Développer la perception grâce aux exercices de pleine conscience
La question de savoir si les interventions basées sur la pleine conscience peuvent inverser la tendance est particulièrement intéressante. Les premières études menées auprès d’adolescentes et adolescents et de jeunes adultes suggèrent que les approches fondées sur la pleine conscience peuvent réduire l’utilisation problématique du smartphone, renforcer la maîtrise de soi et atténuer les symptômes dépressifs ou les troubles du sommeil. Les données sont encore hétérogènes; la pleine conscience n’est pas un simple remède à la numérisation. Un contraste thérapeutique semble toutefois plausible: de nombreuses applications numériques sont optimisées pour offrir une récompense rapide, provoquer des interruptions et capter l’attention. Les exercices de pleine conscience développent la perception, la capacité à faire une pause et la gestion consciente des impulsions.
Cocréation de recommandations
Tout d’abord, nous ne devrions pas formuler ou élaborer de recommandations sans impliquer les jeunes, mais plutôt leur demander ce qu’ils jugent pertinent et quels sont leurs besoins. Pour cela, nous impliquons activement les jeunes dans nos projets. Dans le cadre de notre projet BootStRaP, financé par le programme Horizon Europe, trois «bootcamps» ont été organisés, auxquels ont participé des jeunes, appelés «ambassadeurs scolaires», qui ont conçu l’application d’intervention en collaboration avec des chercheuses et chercheurs. En réalité, les jeunes souhaitent majoritairement des politiques claires, non pas de simples limites de temps, mais par exemple une protection contre les algorithmes favorisant la dépendance. En juin 2026, nous avons organisé à Zurich un «mini-bootcamp» avec des élèves des cantons de Zurich et d’Argovie, au cours duquel nous avons discuté et synthétisé ensemble des stratégies pour une consommation saine des médias.
Conclusion
Dans l’ensemble, je ne vois aucune raison de s’alarmer, mais une mission claire: les jeunes n’ont pas besoin d’interdictions générales, mais d’un accompagnement pour apprendre à gérer eux-mêmes leur attention, leurs émotions et leurs habitudes numériques. Si nous les considérons de manière nuancée, identifions les risques à un stade précoce et renforçons les ressources disponibles, la prévention peut intervenir là où elle est la plus efficace à l’adolescence, avant que des schémas problématiques ne s’ancrent.
Bibliographie
- Étude jeunesse de Pro Juventute 2026: «Étude jeunesse» de Pro Juventute 2026: un·e jeune sur dix se tourne vers l’IA en cas de préoccupations | Pro Juventute (13.7.2026).