- Ecosostenibilità quotidiana
«Les alternatives plus écologiques sont tout aussi sûres»
Moins de matériel jetable, une stérilité limitée au strict nécessaire et des discussions avec les patients sur les questions environnementales: Vincent Cattin, dermatologue à Neuchâtel, estime que la conscience écologique est une responsabilité morale des médecins – et a adapté certains aspects de son quotidien professionnel en conséquence.
09.06.2026
Vincent Cattin, quel est le lien entre dermatologie et changement climatique?
D’une part, notre pratique a un impact direct sur l’environnement, au travers des consommables par exemple; d’autre part, le changement climatique influence directement la santé cutanée. On observe déjà une augmentation des maladies infectieuses liée à l’expansion de certains vecteurs comme les tiques, ainsi que l’apparition progressive de maladies tropicales et la montée des résistances bactériennes. Dans ce contexte, la peau devient plus vulnérable.
Face à ces évolutions, les médecins ont un rôle très concret à jouer. C’est une responsabilité morale encore insuffisamment assumée par la profession.
L’écologie au quotidien
La série «L’écologie au quotidien» montre comment les médecins contribuent avec des mesures simples à rendre le système de santé plus durable et plus écologique.
Quelles mesures concrètes avez-vous mises en place dans votre pratique?
Premièrement, je réduis l’usage du matériel à usage unique en privilégiant des instruments réutilisables et stérilisables, malgré les incitations économiques qui favorisent malheureusement encore le tout jetable.
Deuxièmement, j’ai introduit des changements simples au quotidien: utilisation de champs en tissu inspirés de la médecine vétérinaire, suppression du papier sur les lits au profit de la désinfection, ou encore arrêt des échantillons de crèmes, particulièrement polluants. Certaines pratiques médicales ont aussi été réévaluées. Pour des gestes dermatologiques mineurs, une stérilité complète n’est pas toujours nécessaire. Une désinfection rigoureuse associée à des gants non stériles permet de garantir la sécurité tout en réduisant l’impact environnemental.
Troisièmement, je limite les déplacements inutiles grâce aux échanges numériques et j’encourage les patients à utiliser les transports publics. J’essaie aussi de sensibiliser à ces questions en consultation et via mes publications.
Est-il possible d’intégrer ces changements sans compromettre la qualité des soins?
Oui. Cela implique de questionner certaines habitudes, mais les données scientifiques montrent que les alternatives plus écologiques sont tout aussi sûres. Il est tout à fait possible d’adapter sa pratique sans compromettre la qualité des soins. Et lorsque les résistances viennent des patients, qui associent encore usage unique et sécurité, il faut adopter un ton pédagogique et un discours transparent sur la démarche. Je n’ai, jusqu’alors, jamais eu de souci avec la patientèle.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager sur les questions de climat et de durabilité en médecine?
Mon engagement est né d’une inquiétude pour l’avenir, pour les générations futures, et particulièrement pour mes filles. Cela m’a conduit notamment à rejoindre la Climate Task Force de l’Académie européenne de dermatologie et vénérologie (EADV). Mais pas seulement! J’ai pour objectif de créer un groupe de travail santé planétaire au sein de la Société Suisse de Dermatologie et Vénérologie, afin de développer la prise de conscience de cette thématique dans notre spécialité en Suisse.
Mon intérêt porte également sur les liens entre santé et politique. À ce propos, je m’engage aujourd’hui, concrètement, à travers différentes initiatives et campagnes, notamment avec les Verts neuchâtelois.