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Le travail d’équipe est-il le même dans le sport et en médecine?

Dans le monde du sport, le travail d’équipe est largement reconnu comme un facteur de réussite. En revanche, dans le domaine médical, il est souvent relégué au second plan. Pourtant, il peut non seulement décider de la victoire ou de la défaite, mais aussi influencer la qualité des soins au bloc opératoire.

Un bon travail d’équipe contribue à la qualité des résultats – aussi bien dans le sport qu’en médecine. Image: générée avec ChatGPT
Un bon travail d’équipe contribue à la qualité des résultats – aussi bien dans le sport qu’en médecine. Image: générée avec ChatGPT

«C’était un travail d’équipe» ou «Ils se sont tous battus les uns pour les autres». Ces formules, presque devenues routinières après des succès sportifs, ont également toute leur importance en médecine, où collaborent des équipes très diverses et souvent interdisciplinaires. Pourtant, dans le quotidien clinique, la cohésion d’équipe occupe souvent une place différente. Peut-on réellement comparer ces deux univers?

«La manière dont une équipe travaille dépend de la tâche qu’elle doit accomplir», explique Roland Seiler, ancien directeur du département des sciences du sport II de l’Université de Berne. Il souligne qu’il existe donc des différences importantes. Franziska Tschan, professeure émérite de psychologie du travail et des organisations à l’Université de Neuchâtel, se montre encore plus catégorique. Selon elle, la médecine est infiniment plus complexe, tant du point de vue des tâches que des conditions-cadres. Mais commençons par le commencement.

Les équipes performantes communiquent différemment

Dans les sports d’équipe, la communication et la coordination sont deux éléments essentiels, explique Roland Seiler. La communication comprend d’une part des informations d’orientation: qui est démarqué? Où une ouverture se crée-t-elle? D’autre part, elle inclut des informations évaluatives, qui peuvent être verbales ou non verbales, positives ou négatives. «Lorsqu’un coéquipier secoue la tête d’un air agacé après une occasion manquée, cela peut déstabiliser et démotiver les autres», précise Roland Seiler. Ce qui semble intuitivement logique est également prouvé scientifiquement: des études ont montré que, dans les équipes performantes, la communication axée sur les objectifs et l’évaluation positive prédominent [1]. «Cela ne signifie pas qu’il faille éviter toute critique. Mais il vaut mieux la formuler après le match, et toujours de manière respectueuse.»

La coordination, quant à elle, consiste à synchroniser les mouvements de manière suffisamment précise pour permettre un jeu rapide et efficace. Dans ce contexte, les modèles mentaux partagés jouent un rôle central, explique Roland Seiler. Il s’agit d’une représentation commune de certaines séquences de jeu, d’une forme de compréhension intuitive de la manière dont chacun réagit dans une situation donnée. «On observe parfois de très beaux exemples lorsqu’un joueur effectue presque à l’aveugle une passe rapide qui arrive pourtant exactement au bon endroit.» Pour parvenir à ce niveau de coordination, il faut de l’entraînement et – sans surprise – une bonne communication, aussi bien sur le terrain qu’en dehors.

Le travail d’équipe peut s’apprendre et se développer. Mais encore faut-il en avoir la volonté.

Franziska Tschan, professeure émérite de psychologie du travail et des organisations

Des principes similaires, mais des défis différents

Que peut-on transposer de cela au contexte médical? Deux remarques préalables s’imposent. «La condition de base pour fournir une bonne performance d’équipe reste la compétence professionnelle», souligne Franziska Tschan. «Si celle-ci fait défaut, les collaborateurs peuvent être aussi sympathiques qu’ils veulent, cela ne suffit pas.» Et elle ajoute: «Le travail d’équipe peut s’apprendre et se développer, notamment grâce à des programmes comme TeamSTEPPS. Mais encore faut-il en avoir la volonté: les hôpitaux doivent prendre le travail d’équipe au sérieux et en tenir compte dès le recrutement du personnel.»

Comme dans les sports collectifs, la communication et la coordination sont essentielles en médecine. Mais les défis y sont encore d’une tout autre ampleur: fonctionnement 24 heures sur 24 avec travail en équipes, groupes variables et interdisciplinaires, patientèle changeante – autant d’éléments qui compliquent la transmission des informations. Franziska Tschan insiste donc sur l’importance de transmissions structurées et de qualité, permettant d’éviter toute perte d’informations importantes.

Mais l’information évaluative, et pas seulement informative, peut également avoir un impact direct sur la qualité. Franziska Tschan évoque une expérience menée auprès d’étudiants en médecine avant une laparoscopie simulée: la moitié des participants avaient entendu auparavant une conversation téléphonique dans laquelle la chirurgienne se plaignait des étudiants, tandis que l’autre moitié l’entendait parler d’eux de manière valorisante. Lorsqu’elle commettait ensuite volontairement une erreur grossière pendant la simulation, environ 80% des personnes ayant entendu des propos positifs osaient intervenir. Dans l’autre groupe, seuls 30% l’ont fait – la peur d’être dévalorisé était trop forte [2].

La communication de sécurité favorise les modèles mentaux partagés

Contrairement à une équipe de football, où les mêmes personnes s’entraînent régulièrement ensemble, il est plus difficile en médecine de développer des modèles mentaux partagés et donc une coordination optimale. Et les problèmes de coordination peuvent à leur tour affecter la communication. «Nous avons observé que les tensions au bloc opératoire proviennent principalement de difficultés de coordination, par exemple lorsqu’un chirurgien doit attendre trop longtemps un instrument», explique Franziska Tschan.

Des études menées dans le domaine de l’aviation montrent en outre que la qualité s’améliore lorsque les membres de l’équipe aux commandes se connaissent bien. Des recherches effectuées en salle d’opération aboutissent à des conclusions similaires. Cependant, il est difficilement envisageable de constituer des équipes fixes, que ce soit dans un cockpit ou dans un hôpital. Une autre manière d’harmoniser les modèles mentaux consiste à recourir à la communication de sécurité. Pour illustrer notre propos, restons dans la salle d’opération: «Toutes les personnes présentes travaillent sur la même intervention, mais à partir de perspectives différentes», souligne Franziska Tschan. «Il n’est donc pas toujours évident que chacun dispose de la même vue d’ensemble sur l’état actuel de l’intervention chirurgicale et sur les prochaines étapes.» Comme le montre une étude menée conjointement par Franziska Tschan et ses partenaires de recherche issus des milieux cliniques et de la psychologie, de brefs briefings structurés en peropératoire – le protocole StOP? – peuvent remédier à cette situation et améliorer les résultats chirurgicaux en termes de mortalité, de réhospitalisations imprévues et de durée d’hospitalisation [3, 4].

Une autre manière de communiquer

Si ces briefings courts sont aussi efficaces, pourquoi ne sont-ils pas déjà appliqués partout? Selon Franziska Tschan, la communication en matière de sécurité représente une charge supplémentaire, notamment en raison de la brève interruption du travail ainsi que de l’investissement en temps et en énergie mentale qu’elle implique. «De plus, elle va totalement à l’encontre de notre manière habituelle de communiquer et peut donner l’impression, vue de l’extérieur, que la personne considère son interlocuteur comme incapable.» Lorsque cette forme de communication n’est pas institutionnalisée – comme c’est le cas dans l’aviation ou dans les centrales nucléaires – elle peut également entraîner des malentendus, certaines personnes se sentant attaquées par une question liée à la sécurité. «Même si cela paraît simple en théorie, la mise en pratique est loin d’être évidente dans un quotidien déjà très exigeant.»

«Chacun a un rôle à jouer»

Alors que dans le domaine du sport, on reconnaît depuis longtemps que le travail d’équipe est important et exige des efforts, cette prise de conscience est encore moins répandue en médecine. Selon Roland Seiler, certains éléments indiquent qu’il serait judicieux, pour les équipes sportives, de répartir différents rôles – par exemple dans les domaines social, motivationnel, tactique et externe – entre plusieurs personnes. Cela améliore non seulement la performance collective, mais aussi le sentiment d’efficacité personnelle et, par conséquent, la santé mentale des membres de l’équipe [5].

La même logique s’applique en médecine. Bien sûr, la direction d’un établissement peut décider si ce thème doit faire partie intégrante de la formation continue ou n’être abordé qu’une fois tous les dix ans lors d’un atelier, explique Franziska Tschan. Et il est évident que les médecins-chef(fe)s ont un impact plus important que les autres membres de l’équipe, dont la contribution n’en reste pas moins indispensable à la réussite du projet. «Le travail d’équipe concerne tout le monde – et chacun a un rôle à jouer.»

Biographie express

Roland Seiler est professeur émérite de psychologie du sport à l’Université de Berne. À la fin des années 1990, il a développé le domaine de la psychologie du sport à l’Institut des sciences du sport de Macolin. Il a notamment mené des recherches sur les modèles mentaux au sein des équipes et la communication non verbale dans les sports d’équipe, et ce bien qu’il soit issu d’un sport individuel, la course d’orientation.

Franziska Tschan est professeure émérite de psychologie du travail et des organisations à l’Université de Neuchâtel. Elle a contribué de manière déterminante à la recherche sur les processus d’équipe ainsi que sur l’influence de la communication et de la coordination au sein des équipes médicales. Dans le cadre de ses recherches, elle s’est rendue plus de cent fois en salle d’opération afin d’observer les comportements des différents membres des équipes.

Bibliographie

  1. Hanin, Y. L. (1992). Social psychology and sport: Communication processes in top performance teams. Sport Science Review, 1(2), 13–28.
  2. Barzallo Salazar, M. et al. (2014). Influence of surgeon behavior on trainee willingness to speak up: a randomized controlled trial. J Am Coll Surg, 219(5), 1001–1007. doi: 10.1016/j.jamcollsurg.2014.07.933.
  3. Tschan, F. et al. (2022). Effects of structured intraoperative briefings on patient outcomes: multicentre before-and-after study. Br J Surg, 109(1), 136–144. doi: 10.1093/bjs/znab384.
  4. StOP? II Studie (2026). https://www.stop-study.ch/de/stop-ii-study-deutsch (5.5.2026).
  5. Cotterill, S. T., Loughead, T. M., & Fransen, K. (2022). Athlete leadership development within teams: Current understanding and future directions. Frontiers in Psychology, 13, Article 820745. doi:  10.3389/fpsyg.2022.820745.