- Perfezionamento professionale
La planification de carrière en médecine: «Il y a toujours une porte qui s’ouvre!»
La carrière médicale est rarement rectiligne. Souvent, c’est le hasard qui lui donne une orientation différente. Nora Bienz l’a vécu et le constate régulièrement lors des entretiens avec de jeunes collègues qu’elle mène en tant que mentor dans le cadre du programme «Coach my Career».
11.08.2026
Nora Bienz, tu as collaboré à la mise en place de Coach my Career. Quel était votre but initial, que vouliez-vous réaliser?
L’idée était d’apporter un soutien aux jeunes médecins pour la planification de leur carrière. Nous voulions leur proposer des entretiens de coaching avec des médecins expérimentés et, de cette manière, réduire leur dépendance vis-à-vis des supérieurs hiérarchiques. Si quelqu’un envisage de changer de discipline ou d’établissement, il ne peut généralement pas en parler avec ses supérieurs. Notre idée était donc de créer un espace sûr en dehors de l’hôpital. Les jeunes médecins en quête de conseils doivent pouvoir mener un entretien confidentiel avec des personnes expérimentées. Le programme fonctionne ainsi: les collègues en quête de conseils déposent leur demande. Sur cette base, on cherche deux coaches, généralement une personne issue de la discipline et une autre qui lui est extérieure. Celles-ci se préparent à la rencontre et fixent un rendez-vous à trois pour un entretien d’environ deux heures qui peut se dérouler sur place ou en ligne.
Coach my Career
Le programme de mentorat «Coach my Career» a été lancé en 2018 par la FMH, l’AMDHS, l’asmac, mfe et la swimsa. Plus de 400 coachings ont eu lieu depuis 2018. À l’heure actuelle, une soixantaine d’entretiens se tiennent chaque année. Près de 250 mentors germanophones et francophones qui travaillent bénévolement se tiennent à disposition. Chaque mentee se voit attribuer deux coaches avec lesquels un entretien de deux heures est fixé. Les coachings se déroulent le plus souvent sur place, mais peuvent, sur demande, avoir lieu en ligne. Les mentees paient une taxe de CHF 150.– ou CHF 50.– (étudiants).
Qui vous contacte?
Il s’agit majoritairement de jeunes personnes et d’étudiant(e)s. Si tu ne viens pas d’une famille de médecins, comme dans mon cas, et que le fonctionnement du système ne t’est pas familier, tu as besoin d’un soutien. Dans de nombreux hôpitaux, des médecins assument un rôle de mentor. Dans le cas contraire, les jeunes médecins se sentent vite seuls. Nous voulons combler cette lacune. En même temps, nous recevons beaucoup de demandes de collègues qui exercent la profession depuis cinq ou six ans et qui ne progressent plus. Ces personnes constatent peut-être que la discipline ne leur convient pas ou sont face à des changements personnels ou familiaux qui influencent la planification de leur carrière.
Quelles sont les questions le plus souvent posées?
Les personnes qui bénéficient du programme se demandent souvent quelle voie emprunter, quelle sera la prochaine étape ou quelle succession d’étapes est appropriée. Certaines se posent des questions sur la manière d’aménager leur vie dans le contexte de la profession de médecin ou comment satisfaire à ses exigences élevées tout en la conciliant avec le temps libre ou d’autres besoins. Et souvent, ce sont des personnes qui sont à un tournant, qui ne savent par exemple pas si elles veulent changer de discipline, voire abandonner la médecine. Elles ont déjà beaucoup investi et se trouvent face au constat qu’elles ne peuvent plus continuer ainsi.
Comment les aidez-vous?
Dans mon activité de coach, je rencontre d’autres coaches et vois leurs parcours professionnels. Je constate que les carrières ne sont que rarement rectilignes, et qu’elles comportent souvent une part de hasard. Je l’ai moi-même vécu au cours de ma carrière. Pour les personnes en quête de conseils, c’est rassurant d’entendre par exemple que je voulais d’abord pratiquer la gynécologie et que je travaille maintenant en médecine intensive où je suis heureuse et je réussis. Nous pouvons apaiser leur crainte de prendre un jour une mauvaise décision et de ruiner ainsi toute leur carrière. Dans la réalité, cela ne se passe heureusement pas comme ça. Au contraire, il y a toujours une nouvelle porte qui s’ouvre, et qui correspondra peut-être même mieux aux attentes de la personne. Lorsque les bénéficiaires du programme entendent cela, cela les rassure.
Comme nous sommes deux coaches, nous avons la possibilité de leur montrer les spécificités des différentes voies envisageables. Par exemple les options qui existent à l’hôpital ou la satisfaction que l’on peut éprouver en travaillant dans un cabinet. Ces personnes ont parfois le sentiment de se trouver dans un tunnel et n’ont pas de vue d’ensemble. Nous ouvrons l’éventail et montrons qu’il existe d’innombrables variantes.
Pour les jeunes médecins, il est devenu plus difficile de trouver un poste approprié. Le constatez-vous également?
Oui, je le constate aussi. L’essentiel est que les jeunes médecins ne se laissent pas décourager, même lorsqu’une ou plusieurs réponses négatives leur parviennent. Il y a toujours différentes options. Si l’on n’obtient pas immédiatement le poste désiré, il existe souvent de bonnes solutions de transition qui permettent de poursuivre son parcours sans perdre une année. Pour cela, il faut toutefois faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit sans se cantonner à une seule option. En règle générale, l’intérêt ne se limite pas à une seule discipline. Un point important lorsque l’on entre dans la profession, mais aussi par la suite, est de nouer et d’entretenir des contacts. Si l’on sait déjà pendant les études dans quel domaine on veut se lancer, il vaut la peine de postuler dans cette discipline pendant l’année d’étude à option. Cela permet de laisser une impression, de mettre le pied dans la porte et d’augmenter ses chances d’obtenir un poste.
Comment ta propre carrière s’est-elle déroulée? Qu’est-ce qui t’a aidée dans ton parcours?
Je voulais absolument me spécialiser en gynécologie et j’ai commencé avec la chirurgie. Pendant toute la première année, j’ai envoyé de nombreuses candidatures, mais n’ai pas trouvé de poste pour poursuivre dans ma voie. Ensuite, j’ai atterri plutôt par hasard dans la médecine intensive où j’avais une cheffe qui était une excellente mentor et qui est restée une personne importante dans ma vie. Cela m’a orientée vers une discipline totalement différente que je ne connaissais pas à l’époque. Par la suite, j’ai pratiqué la médecine interne et j’y suis restée plus longtemps que prévu, parce que j’étais dans un bon établissement. C’est un point important à mes yeux: si l’on se plaît à un endroit, on peut sans autres y rester un certain temps. J’ai ensuite souhaité effectuer une année en anesthésiologie, mais je ne trouvais pas de poste. J’ai alors élargi ma zone de recherche et trouvé quelque chose en Valais, même si cela m’a obligé de faire les trajets. Il faut donc faire preuve d’une certaine flexibilité en ce qui concerne la discipline et le lieu de travail. L’engagement est également un point important: si on s’engage, on reçoit la plupart du temps quelque chose en retour. Mon expérience m’a cependant montré qu’il y a souvent une bonne complémentarité: une personne qui s’engage, présente des idées intéressantes et s’investit sera vue et encouragée. Et pour finir, j’estime qu’il est important de garder le contact avec les personnes qui sont de bons mentors et de régulièrement échanger avec elles. Personnellement, cela m’a beaucoup aidée.
L’asmac soutient la planification de carrière
Des événements intéressants attendent tous ceux et celles qui ont des questions concernant leur planification de carrière.
- Le 31 octobre (le matin) aura lieu le «Career Lab 2026» à Zurich, organisé par l’asmac Zurich. Il s’adresse aux médecins-assistant(e)s et chef(fe)s de clinique. Pour de plus amples informations et l’inscription: https://forms.gle/1eAp586RyqZudbL78
- Le 7 novembre se déroulera à Berne le congrès annuel de carrière medifuture organisé par l’association faîtière asmac. Cet événement est particulièrement intéressant pour les étudiant(e)s et jeunes médecins-assistant(e)s. Pour de plus amples informations et l’inscription: www.medifuture.ch
Biographie express
Nora Bienz est spécialiste en médecine interne générale et spécialiste en médecine intensive. Elle travaille comme médecin hospitalier à la Clinique universitaire de médecine intensive de l’Hôpital de l’Île à Berne. Depuis 2018, elle s’engage bénévolement comme mentor dans le cadre du programme «Coach my Career». De plus, elle est membre du comité de la section asmac Berne.