• Ecosostenibilità quotidiana

Entre lutte pour le climat et poste à l’hôpital

Médecin assistante à l’hôpital, Marie Schaudig milite pour la protection du climat depuis ses études. Mais comment rester engagée et tenir le rythme face aux exigences du quotidien?

Contrairement aux aérosols-doseurs, les inhalateurs à poudre ne contiennent pas de gaz à effet de serre et sont donc nettement plus respectueux de l’environnement. Photo: Adobe Stock / Richir
Contrairement aux aérosols-doseurs, les inhalateurs à poudre ne contiennent pas de gaz à effet de serre et sont donc nettement plus respectueux de l’environnement. Photo: Adobe Stock / Richir

Marie Schaudig, comment t’engages-tu en faveur de la santé planétaire dans ton quotidien surchargé?

En tant que médecin assistante au Centre hospitalier de Bienne, je fais partie d’une équipe interdisciplinaire. Dans ce contexte, j’essaie de sensibiliser mes collègues au thème de la santé planétaire et de susciter leur enthousiasme. Le badge «Health for Future» que je porte m’aide par exemple à engager des discussions sur un pied d’égalité.

La formation continue constituant une partie importante de mon travail de médecin assistante, j’aborde des thèmes pertinents pour la santé planétaire lors des formations que je donne. Par exemple, lors d’une présentation de cas sur la borréliose, j’ai évoqué les facteurs à l’origine de l’augmentation du nombre de cas. Ce sont notamment la hausse des températures moyennes, qui permet aux tiques de survivre sous des latitudes plus septentrionales, ainsi que la perte de biodiversité, qui réduit le nombre de prédateurs naturels des tiques.

Par ailleurs, lors d’un club de lecture, j’ai présenté un article sur différents bronchodilatateurs et leur impact sur les émissions de gaz à effet de serre du système de santé.

L’écologie au quotidien

La série «L’écologie au quotidien» montre comment les médecins contribuent avec des mesures simples à rendre le système de santé plus durable et plus écologique.

Pourquoi est-ce important pour toi?

J’ai commencé à m’intéresser à ce sujet lorsque j’étais étudiante, car les liens entre le contenu de mes études et la crise climatique m’apparaissaient de plus en plus clairement.

À l’hôpital, tout le monde est traité plus ou moins de la même manière, quelle que soit son origine. Cependant, certaines circonstances particulières peuvent rendre les gens malades, et la crise climatique représente un risque pour la santé à de multiples niveaux. Pour moi, il est important de considérer la personne dans son contexte biopsychosocial afin d’obtenir une amélioration durable de sa santé. En tant qu’actrices et acteurs du système de santé, nous pouvons y contribuer, mais nous portons également une part de responsabilité dans la crise climatique. Pour ma part, il me semble crucial que notre système de santé réduise autant que possible sa part de responsabilité dès maintenant.

Où vois-tu des difficultés pour les médecins assistantes et assistants qui souhaiteraient s’engager davantage en faveur de la santé planétaire?

J’ai connu une période très active lorsque j’étais étudiante en médecine – à l’époque, mon emploi du temps était tout à fait différent. Quand j’ai commencé à travailler à l’hôpital A, je n’avais pas le temps de m’engager dans quoi que ce soit, car il n’était pas possible d’occuper un poste à moins de 100 %. Au début, mon seul objectif était de gérer le rythme effréné du quotidien à l’hôpital, et je doute d’être la seule dans ce cas-là.

De plus, il arrive régulièrement de se heurter à des résistances. C’est toujours dommage lorsqu’on a l’impression de susciter la réactance plutôt que l’enthousiasme. Lorsque cela m’est arrivé, cela m’a vraiment coupé l’herbe sous le pied. Heureusement, de telles situations restent exceptionnelles. Quand je repense à mes années passées en clinique, ce sont clairement les retours positifs de mes collègues qui prédominent. Cela compte particulièrement pour moi de pouvoir non seulement susciter l’enthousiasme des étudiantes et étudiants en médecine, mais aussi de pouvoir apprendre l’une ou l’autre chose à nos cheffes et chefs de clinique pour leur pratique quotidienne.

Si tu avais trois vœux à formuler, que souhaiterais-tu pour l’avenir?

Question difficile! Mon premier vœu serait que la prévention occupe une place nettement plus importante – et que, dans les décisions relatives à la santé, on privilégie systématiquement l’option la moins émettrice de CO2. Les bronchodilatateurs en sont un exemple concret: lorsque cela est raisonnablement possible pour les patientes et patients, il faudrait privilégier l’utilisation d’inhalateurs à poudre. En effet, les aérosols-doseurs contiennent des gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global est plusieurs milliers de fois supérieur à celui du CO2. Le passage d’un aérosol-doseur à un inhalateur à poudre peut permettre d’économiser plusieurs centaines de kilogrammes d’équivalent CO2 par patient et par an – ce qui correspond à renoncer à un vol de plus de 1000 kilomètres.

Deuxièmement, je souhaite que des approches fondées sur les données probantes, telles que le «Planetary Health Diet», soient mises en œuvre à plus grande échelle.

Mon troisième souhait concerne la formation: la santé planétaire devrait être solidement ancrée dans les études de médecine – pas seulement comme matière optionnelle, mais en tant que thème transversal récurrent dans le programme d’études.

Et peut-être encore une dernière réflexion: j’aimerais que nous fassions preuve d’un peu plus de courage. Bien des choses sont déjà connues, maintenant, il s’agit de les mettre en pratique.