- Altri Paesi – altra medicina?
«En France, le cursus chirurgical permet une pratique clinique plus rapide»
Pendant son séjour à Paris, Jean-Baptiste Dubuis a pu constater le volume important d'interventions pratiquées et découvert la philosophie de prise en charge des patientes et patients propre au système français. En même temps, il a été confronté aux conséquences du manque de capacités. Dans cet entretien, il nous fait part de son expérience.
09.06.2026
Jean-Baptiste Dubuis, vous avez passé une année à Paris. Qu’avez-vous fait là-bas?
J’ai pu exercer dans le cadre d’un fellowship de fin de clinicat en chirurgie viscérale et endocrinienne à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière. J’ai travaillé au sein du service du Professeur Fabrice Menegaux, où j’ai eu l’occasion de participer activement à la vie du service, notamment au programme de chirurgie élective, ainsi qu’à l’activité de chirurgie d’urgence. J’ai également profité de cette période pour assister à des congrès internationaux et visiter d’autres institutions hospitalières parisiennes actives dans la chirurgie endocrinienne. Parallèlement à cela, j’ai eu l’occasion de contribuer à l’écriture de quelques articles scientifiques que j’ai eu l’occasion de présenter lors de congrès scientifiques. Tout cela a apporté une plus-value professionnelle à mon séjour en France. Et j’ai bien sûr pu découvrir cette ville à travers son histoire et sa culture.
Comment avez-vous obtenu ce poste à la Pitié-Salpêtrière?
Ce poste s’est concrétisé grâce à la proximité des équipes chirurgicales genevoise et française. L’étape décisive a été une recommandation des HUG et un échange téléphonique avec l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Après confirmation du fellowship, environ un an avant de débuter, par le chef de service, le Prof. Menegaux, j’ai entamé les démarches administratives.
Un coup d’œil au-delà de la frontière
Dans le cadre de la série «Autres pays, autre médecine?», nous rencontrons des médecins qui ont travaillé à l’étranger pendant un certain temps. Quelles sont leurs expériences? Qu’est-ce qui fonctionne mieux ou moins bien qu’en Suisse?
Les médecins qui souhaitent faire part de leurs propres expériences sont invités à s’adresser à la rédaction: journal@asmac.ch
Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de l'organisation?
Les principales difficultés ont été d’ordre administratif et financier. L’inscription à l’Ordre des Médecins de la ville de Paris a nécessité de nombreuses démarches, comme la traduction certifiée des diplômes et la fourniture de plusieurs documents officiels, un processus long d’environ six mois. Le financement du séjour a également représenté un défi, les hôpitaux français n’ayant pas de financement pour ce genre de poste. Le financement de ce fellowship a été basé sur des fonds publics suisses, notamment l’institution de l’Hôpital du Valais.
Mais malgré ces difficultés, je recommanderais absolument d’organiser une année à l’étranger afin d’ouvrir et d’étayer son bagage clinique. En France, le temps d’exécution des formalités administratives étant relativement long, la planification doit commencer bien en avance afin d’avoir tous les documents nécessaires à l’autorisation de pratique clinique.
Qu'avez-vous particulièrement apprécié dans votre travail à Paris?
J’ai particulièrement apprécié le haut niveau de spécialisation du service, le volume opératoire important – le plus grand d’Europe pour la chirurgie endocrinienne –, ainsi que la possibilité d’exercer de manière autonome, tout en bénéficiant du soutien des seniors. En France, le cursus chirurgical permet une pratique clinique au bloc opératoire plus rapide. Les internes sont exposés plus précocement qu’en Suisse aux opérations et deviennent donc plus rapidement autonomes. Les chef(fe)s de clinique bénéficient également souvent d’une plus grande autonomie opératoire, y compris pour des cas complexes, tout en ayant accès à un soutien en cas de besoin. Cela favorise une prise de responsabilité précoce.
En comparaison, en Suisse, la formation est très structurée, avec un encadrement étroit et progressif, ce qui offre un cadre sécurisant mais parfois moins d’autonomie à un stade équivalent.
La fonction de docteur junior (DJ), équivalent de chef de clinique adjoint, est systématique dans le système français. Elle est effective à partir de la 5e année d’internat pour la chirurgie et contribue à l’autonomisation précoce des chirurgiens. L’esprit d’équipe était également remarquable, avec une forte cohésion entre toutes les équipes médico-soignantes du service. Et enfin, j’y ai rencontré des praticiens exceptionnels, tant sur le plan clinique et académique qu’humain.
Quels ont été les aspects moins positifs ou plus difficiles?
Les contraintes intrinsèques du système hospitalier français ont parfois été compliquées et plus aiguës qu’en Suisse, notamment la forte pression sur les infrastructures, avec un manque de lits et de disponibilités au bloc opératoire. Cela pouvait limiter l’organisation du travail et générer du stress.
Quelles sont les principales différences entre les systèmes de santé français et suisse?
Le système français repose sur une assurance publique unique, la Sécurité Sociale, et garantit l’accès aux soins pour toute la population, indépendamment du statut socio-économique. Cela permet une prise en charge égalitaire, très large et diversifiée. De plus, les patientes et patients ne paient pas de franchise lorsqu’ils ont recours aux soins médicaux.
Biographie express
Jean-Baptiste Dubuis est spécialiste FMH en chirurgie générale et titulaire d’une formation approfondie en chirurgie viscérale. Profondément fasciné par la chirurgie endocrinienne, il a choisi de se former dans ce domaine en passant une année dans le service du Prof. Frédéric Triponez, à Genève, et en organisant ensuite un fellowship à l’étranger afin de parfaire sa formation.