- Ricerca e pratica
Comment l’alimentation pendant la grossesse influence le corps et le psychisme
Il est bien connu que l’alcool et la nicotine devraient être tabous pendant la grossesse. D’autres facteurs alimentaires passent cependant souvent inaperçus, alors qu’ils sont pertinents sur le plan clinique. Un aperçu.
14.04.2026
La grossesse représente une phase délicate sur les plans physiologique et psychologique. Pendant cette période, l’alimentation joue un rôle clé pour la santé de la mère et de l’enfant. La communication publique et médicale se focalise traditionnellement sur l’acide folique, la non-consommation d’alcool et de nicotine [1, 2], tandis que les thèmes plus complexes liés à l’alimentation et au style de vie sont moins souvent abordés. Outre les risques somatiques, les aspects psychiques sont de plus en plus au centre de l’attention.
Une grande partie des données sur l’alimentation et la santé psychique pendant la grossesse sont tirées d’études d’observation. Or, à ce jour, les études randomisées d’intervention sont peu nombreuses. Des affirmations causales rigoureuses dans ce domaine ne sont donc possibles que de manière limitée, même si l’on dispose de précieux indices: les habitudes alimentaires montrent un lien étroit avec l’humeur, la résilience au stress et la stabilité psychique [3–5]. Une attention renforcée sur «l’alimentation parfaite» peut aussi être contre-productive et se traduire par du stress, de l’anxiété et de l’instabilité psychique. Le modèle alimentaire maternel peut se répercuter par le biais de mécanismes neuroendocriniens et épigénétiques sur le développement émotionnel et cognitif de l’enfant [6–8].
Les risques physiques d’une alimentation mal adaptée pendant la grossesse
Outre les risques physiques liés à la consommation d’alcool et de nicotine pendant la grossesse, une alimentation insuffisante ou déséquilibrée peut aussi être associée à des risques pour la mère et l’enfant:
- L’alcool est associé à un risque accru de troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (FASD) qui peuvent causer des troubles neurocognitifs, émotionnels et physiques durables [1].
- La consommation de nicotine entraîne par le biais d’une perfusion placentaire réduite des retards de croissance, un risque de prématurité et, chez l’enfant, un risque accru de troubles comportementaux et de l’attention [2].
- Une carence en micronutriments essentiels, comme l’acide folique [9], le fer [10], l’iode [3], la vitamine D [4], le zinc [5] et la choline [6], est associée à des complications physiques telles qu’une naissance prématurée, une taille de naissance réduite et des pathologies hypertensives de la grossesse.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, ces symptômes de carence ne se rencontrent pas uniquement en cas d’apport alimentaire insuffisant, mais peuvent également survenir en cas de suralimentation. En effet, les aliments hautement transformés sont généralement riches en macronutriments tels que le sucre, le sel et les graisses saturées, mais pauvres en micronutriments essentiels. Les macronutriments (glucides, lipides, protéines) sont les principaux fournisseurs d’énergie et d’éléments structurels dont le corps a besoin en grande quantité. Les micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments) ne fournissent pas d’énergie, mais sont essentiels pour le métabolisme, la fonction immunitaire et la croissance.
Outre leur faible densité en micronutriments, les aliments hautement transformés peuvent favoriser les processus inflammatoires et affecter la composition du microbiome, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes (par exemple les bactéries) qui colonisent l’être humain [11]. Associé à d’autres facteurs de risque, cela peut entraîner une réduction de la fonction intestinale et augmenter le risque de diabète gestationnel [7, 8], de prééclampsie [12] et de macrosomie fœtale [13]. Les symptômes que l’on peut observer chez la mère sont des variations de la glycémie, une prise de poids et une fatigue accrue – chez l’enfant, il peut en résulter des problèmes métaboliques et neurocognitifs. En outre, des études indiquent que le stress, l’anxiété ou les symptômes dépressifs de la mère pendant la grossesse sont associés à des changements dans le développement du cerveau du fœtus et à des paramètres ultérieurs de développement cognitif, social et émotionnel de l’enfant [14, 15].
Risques psychiques et résilience pendant la grossesse
L’alimentation de la mère se répercute aussi sur le psychisme de la mère et de l’enfant. Les symptômes dépressifs, les troubles anxieux ou la sensibilité accrue au stress sont étroitement liés à l’apport en nutriments, au comportement alimentaire et à la composition du microbiome. La santé psychique et l’alimentation devraient donc toujours être considérées ensemble afin de minimiser les risques à long terme pour la mère et l’enfant.
Pour la santé psychique, un apport suffisant en micronutriments est essentiel. Celui-ci est garanti si les femmes enceintes évitent les aliments hautement transformés et mangent davantage d’aliments non transformés. Une telle alimentation saine est associée à une réduction du risque de dépression gestationnelle et de dépression post-partum, ainsi qu’à une réduction de la vulnérabilité psychique et de la fatigue. Elle est également associée à une meilleure capacité de concentration et à des effets potentiellement bénéfiques sur les processus de plasticité neuronale [3–6, 9, 10]. De plus, des études ont révélé qu’une alimentation saine pendant la grossesse améliore les profils comportementaux cognitifs et sociaux, et réduit la probabilité de problèmes de comportement pendant l’enfance [16, 17].
Une alimentation à base d’aliments naturels et végétaux contribue en outre à un microbiome intestinal sain qui, à son tour, renforce la résilience au stress grâce à un microbiome diversifié [7, 8]. À l’inverse, les aliments hautement transformés, riches en sucre ou en graisses, peuvent réduire la diversité microbienne. Par le biais de ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau, il existe des indices montrant qu’une composition microbienne diversifiée est liée à une meilleure régulation du stress et à une plus grande stabilité émotionnelle [7, 8].
Tout comme l’alimentation influence le psychisme, le psychisme peut également exercer une influence sur le comportement alimentaire. Le stress – par exemple dans le cadre d’une préoccupation excessive autour de «l’alimentation parfaite» – ainsi que le manque de sommeil ou les contraintes sociales peuvent être le déclencheur de comportements alimentaires liés au contexte émotionnel (anorexie mentale, hyperphagie boulimique, etc.) ou de régimes restrictifs, et ainsi déclencher ou aggraver les effets sur la santé physique et psychique mentionnés ci-dessus. Dans ce contexte, il apparaît qu’une information objective sur le comportement alimentaire sain et, le cas échéant, l’intégration de stratégies de relaxation et d’activité physique peuvent être bénéfiques pour la santé de la mère et de l’enfant [11, 13].
Pratique médicale et recommandations
Pour les raisons évoquées plus haut, il est essentiel de procéder à une anamnèse ciblée des habitudes alimentaires, des paramètres de laboratoire, du poids et de l’indice de masse corporelle. C’est la seule façon de garantir un apport suffisant en micronutriments, en plus des macronutriments. Pour garantir cet apport suffisant, il convient, en premier lieu, de réduire au minimum les aliments hautement transformés et de veiller à une alimentation équilibrée composée de fruits et de légumes non transformés, de céréales complètes, de légumineuses, de protéines maigres et d’aliments fermentés. Ce n’est qu’en second lieu qu’une substitution en micronutriments essentiels est recommandée. Le conseil devrait également s’orienter sur les recommandations actuelles de la Confédération en matière d’alimentation pendant la grossesse [18].
L’alimentation et le psychisme étant étroitement liés, les médecins devraient accompagner les femmes enceintes dans le sens d’une prise de décision partagée [19, 20], pratiquer un entretien empathique et sans jugement [21], et utiliser des méthodes fondées sur les preuves pour soutenir les changements de comportement [22, 23]. Sur le plan du contenu, il s’agit de donner des conseils alimentaires adaptés à la vie quotidienne et – si nécessaire – de recommander une prise en charge interdisciplinaire incluant une psychothérapie, des conseils nutritionnels et/ou des sages-femmes.
Bibliographie
- Lange S, Shield K, Rehm J, Popova S. Prevalence of Fetal Alcohol Spectrum Disorders in Child Care Settings: A Meta-analysis. Pediatrics. 2013;132(4):e980–95. doi: 10.1542/peds.2013-0066.
- Rogers JM. Tobacco and pregnancy: Overview of exposures and effects. Birth Defects Research Pt C. 2008;84(1):1–15. doi: 10.1002/bdrc.20119.
- Dineva M, Fishpool H, Rayman MP, Mendis J, Bath SC. Systematic review and meta-analysis of the effects of iodine supplementation on thyroid function and child neurodevelopment in mildly-to-moderately iodine-deficient pregnant women. Am J Clin Nutr. 2020;112(2):389–412. doi: 10.1093/ajcn/nqaa071.
- Tous M, Villalobos M, Iglesias-Vázquez L, Fernández-Barrés S, Arija V. Vitamin D status during pregnancy and offspring outcomes: a systematic review and meta-analysis of observational studies. Eur J Clin Nutr. 2020;74(1):36–53. doi: 10.1038/s41430-018-0373-x.
- Wilson R, Grieger J, Bianco-Miotto T, Roberts C. Association between Maternal Zinc Status, Dietary Zinc Intake and Pregnancy Complications: A Systematic Review. Nutrients. 2016;8(10):641. doi: 10.3390/nu8100641.
- Greenberg PE, Kessler RC, Birnbaum HG, Leong SA, Lowe SW, Berglund PA, et al. The Economic Burden of Depression in the United States: How Did It Change Between 1990 and 2000? J Clin Psychiatry. 2003;64(12):1465–75. doi: 10.4088/JCP.v64n1211.
- De-Regil LM, Peña-Rosas JP, Fernández-Gaxiola AC, Rayco-Solon P. Effects and safety of periconceptional oral folate supplementation for preventing birth defects. Cochrane Pregnancy and Childbirth Group (ed.). Cochrane Database of Systematic Reviews. 2015(12). doi: 10.1002/14651858.CD007950.pub3.
- Pavord S, Myers B, Robinson S, Allard S, Strong J, Oppenheimer C, et al. UK guidelines on the management of iron deficiency in pregnancy. Br J Haematol. 2012;156(5):588–600. doi: 10.1111/j.1365-2141.2011.09012.x.
- Lassi ZS, Salam RA, Haider BA, Bhutta ZA. Folic acid supplementation during pregnancy for maternal health and pregnancy outcomes. Cochrane Pregnancy and Childbirth Group (ed.). Cochrane Database of Systematic Reviews. 2013(3). doi: 10.1002/14651858.CD006896.pub2.
- Quezada-Pinedo HG, Cassel F, Duijts L, Muckenthaler MU, Gassmann M, Jaddoe VWV, et al. Maternal Iron Status in Pregnancy and Child Health Outcomes after Birth: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients. 2021;13(7):2221. doi: 10.3390/nu13072221.
- Zeisel SH. Choline: Critical Role During Fetal Development and Dietary Requirements in Adults. Annu Rev Nutr. 2006;26(1):229–50. doi: 10.1146/annurev.nutr.26.061505.111156.
- Zimmermann MB. Iodine Deficiency. Endocrine Reviews. 2009;30(4):376–408. doi: 10.1210/er.2009-0011.
- Holick MF. Vitamin D Deficiency. N Engl J Med. 2007;357(3):266–81. doi: 10.1056/NEJMra070553.
- Manzari N, Matvienko-Sikar K, Baldoni F, O’Keeffe GW, Khashan AS. Prenatal maternal stress and risk of neurodevelopmental disorders in the offspring: a systematic review and meta-analysis. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol. 2019;54(11):1299–309. doi: 10.1007/s00127-019-01745-3.
- De Domenico C, Calderone A, Latella D, De Luca R, Corallo F, Cucinotta F, et al. Prenatal psychological distress and neurodevelopmental trajectories in the first 3 years: a systematic review. BMJ Open. 2025;15(11):e104716. doi: 10.1136/bmjopen-2025-104716.
- Steenweg-de Graaff J, Tiemeier H, Steegers-Theunissen RPM, Hofman A, Jaddoe VWV, Verhulst FC, et al. Maternal dietary patterns during pregnancy and child internalising and externalising problems. The Generation R Study. Clinical Nutrition. 2014;33(1):115–21. doi: 10.1016/j.clnu.2013.03.002.
- Cendra‐Duarte E, Canals J, Iglesias‐Vázquez L, Jardí C, Martín‐Luján F, Arija V. Adherence to the Mediterranean diet during pregnancy and behavioural problems at 4 years of age. Maternal & Child Nutrition. 2024;20(4):e13700. doi: 10.1111/mcn.13700.
- OSAV. Alimentation pendant la grossesse et la période d’allaitemennt [Internet]. Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires OSAV, 2024 [cité le 20 février 2026]. Disponible à l’adresse suivante: https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home/lebensmittel-und-ernaehrung/ernaehrung/empfehlungen-informationen/lebensphasen-und-ernaehrungsformen/schwangere-und-stillende.html.
- NHS. Shared decision-making [Internet]. London: National Health System England; 2026 [zitiert 20. Februar 2026]. Disponible à l’adresse suivante: https://www.england.nhs.uk/personalisedcare/shared-decision-making.
- NHS. Decision support tools [Internet]. London: National Health System England; 2026 [zitiert 20. Februar 2026]. Disponible à l’adresse suivante: https://www.england.nhs.uk/personalisedcare/shared-decision-making/decision-support-tools.
- MINT. Motivational Interviewing Network of Trainers [Internet]. 2021 [zitiert 20. Februar 2026]. Disponible à l’adresse suivante: https://motivationalinterviewing.org/.
- Prochaska JO, DiClemente CC. Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. J Consult Clin Psychol. 1983;51(3):390–5. doi: 10.1037/0022-006X.51.3.390.
- Prochaska JO, Norcross JC, DiClemente CC. Changing for good: the revolutionary program that explains the six stages of change and teaches you how to free yourself from bad habits. 1st ed. New York: W. Morrow; 1994. 304 p.