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«La médecine de genre n’est pas l’apanage des femmes»
L’ostéoporose est considérée comme une maladie typiquement féminine. C’est pourquoi elle est souvent détectée trop tardivement chez les hommes. En même temps, les médicaments peuvent avoir un effet différent chez les femmes et chez les hommes. Bettina Balmer, médecin et conseillère nationale, nous explique comment la médecine de genre fait son chemin dans la pratique et la politique et pourquoi cela améliore la prise en charge.
11.08.2026
Bettina Balmer, vous êtes chirurgienne pédiatrique à l’Hôpital pédiatrique universitaire de Zurich, conseillère nationale et présidente du PLR.Les Libéraux-Radicaux Femmes. Quel est le lien entre ces différentes activités?
Il est très fort. Dans mon quotidien de médecin, je vois concrètement dans quels domaines se situent les problèmes dans notre système de santé et où nous pouvons agir pour avoir des soins médicaux de qualité et accessibles. En tant que politicienne, je peux agir là où les règles sont définies et l’argent est attribué. En même temps, je constate régulièrement que dans la population et les cercles politiques, les connaissances médicales qui sont une évidence pour nous à l’hôpital font souvent défaut. Si je peux interpeller 245 parlementaires à même de faire passer le message dans un cercle élargi, c’est une chance que je dois saisir.
Pouvez-vous nous donner un exemple?
La médecine de genre ou pour employer un terme plus approprié: la médecine personnalisée. Le terme «genre» suscite vite un réflexe de rejet chez les politiciennes et politiciens bourgeois. La discussion est donc parfois terminée avant d’avoir commencé. Mais si je dis: Nous voulons davantage axer la médecine sur l’individu, nombreux sont celles et ceux qui comprennent tout de suite de quoi il s’agit.
Vous contournez donc le terme pour faire avancer les choses?
Je dirais plutôt que je le traduis. En tant que politicienne, je sais que le nom ou pour le dire autrement «l’étiquette» est un point essentiel. Si l’on veut faire passer un message dans la population, il faut un mot qui ne déclenche pas en premier lieu une résistance. La médecine de genre ne signifie pas simplement: les femmes sont différentes des hommes. Il s’agit des différences biologiques, mais aussi des rôles, des conditions de vie, du comportement en matière de santé et des attentes de la société. Tout cela se cache dans le mot «genre».
Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour la médecine?
À l’hôpital pédiatrique, nous calculons très précisément la posologie des médicaments pour les enfants selon le poids tandis que chez les adultes, nous administrons souvent une dose uniforme: homme, femme, 50 kilos, 120 kilos – sans distinction. Une telle approche ne devrait plus être à l’avenir. Une femme svelte et un homme lourd, musculeux ou obèse, ne métabolisent pas automatiquement les médicaments de la même manière. Nous devons regarder cela de plus près.
Alors d’après vous, la médecine reste imprécise?
Oui. Nous parlons souvent de médecine de précision, mais au quotidien, nous traitons parfois avec une étonnante imprécision. Alors que nous savons depuis longtemps que la morphologie, la masse grasse et la masse musculaire, les hormones, l’activité enzymatique ou le métabolisme influencent l’effet des médicaments.
Quels médicaments cela concerne-t-il?
Par exemple les immunosuppresseurs: chez les femmes, ils sont plus vite métabolisés. Les femmes auraient donc besoin d’une dose plutôt plus élevée que les hommes pour obtenir le même effet. C’est l’inverse pour certains antihypertenseurs: les hommes les métabolisent plus vite. Chez les femmes, une dose pour hommes peut provoquer un léger surdosage. Pour certains somnifères comme le Zolpidem, il a ainsi été constaté que les femmes métabolisent en moyenne moins vite le principe actif. Le lendemain, on a mesuré des taux de principe actif plus élevés, ce qui augmentait le risque de fatigue et d’accidents de la circulation. C’est pourquoi dans certains pays, des doses initiales plus faibles ont été recommandées pour les femmes. Pour certains médicaments pour le cœur, antidépresseurs ou antidouleurs également, les différences spécifiques au genre peuvent être pertinentes sur le plan clinique.
La médecine de genre est souvent perçue comme un sujet féminin. À tort?
Oui, c’est une interprétation trop restrictive. Les hommes en profitent tout autant. L’ostéoporose est un bon exemple: nombreux sont celles et ceux qui pensent que c’est une maladie typiquement féminine. Les hommes sont pourtant aussi touchés, et plus souvent que l’on a longtemps pensé. Lorsque le taux de testostérone baisse avec l’âge, la densité osseuse peut aussi baisser chez les hommes. En ne pensant qu’aux femmes, on néglige les hommes.
Suffirait-il donc d’adapter les doses?
Cela ne suffirait pas, car la médecine dépend aussi du comportement, de la communication et des attentes. Une anamnèse est essentielle; la règle de base dit qu’elle représente 60 à 80% du diagnostic. Si une patiente décrit ses maux autrement, si elle n’est pas prise au sérieux ou si un médecin n’interprète pas correctement certains signes, d’importantes informations sont perdues. La médecine est alors moins bonne, même si les valeurs de laboratoire sont peut-être correctes.
La consultation fait donc partie du problème?
Oui, elle peut faire partie du problème. Suivant la situation, les femmes affichent un comportement différent de celui des hommes dans l’anamnèse. Et ces aspects ne sont en aucun cas secondaires. Si tous les médecins en sont conscients, ils posent leurs questions et écoutent d’une autre manière et obtiennent plus vite les informations dont ils ont besoin.
Qu’est-ce qui doit changer dans la formation?
La médecine de genre doit devenir une évidence. Si les différences figurent dans les informations sur les médicaments, les étudiantes et étudiants les apprennent automatiquement. Cela aurait un effet déclencheur. Pour cela, il faut des chaires, des cours et des personnes qui donnent une place à cette thématique au quotidien dans la médecine. Zurich a franchi une première étape importante en instaurant la chaire de médecine du genre. Mais il faut du temps jusqu’à ce que ces connaissances soient transposées dans le travail clinique.
Et comment faites-vous avancer le sujet sur le plan politique?
Par l’information, le travail parlementaire et la répartition des financements. J’ai déjà organisé une table ronde sur ce thème avec l’OFSP. De plus, nous sommes en train de mettre en place un groupe interparlementaire pour la santé féminine. Si l’on veut obtenir des études appropriées, les aspects concernant le genre devraient davantage être pris en compte lors de l’attribution de subventions. C’est de l’argent bien investi.
Pourquoi cela convaincrait-il les sceptiques en matière de politique d’égalité?
Parce qu’une meilleure médecine produit de meilleurs résultats. Si nous dosons correctement les médicaments, les patientes et patients ont moins d’effets secondaires et de meilleurs effets. Moins d’effets secondaires signifient moins de coûts consécutifs. C’est une chaîne de causalité logique. Il n’est pas nécessaire d’être convaincu sur le plan idéologique pour comprendre qu’une telle approche est raisonnable.
Si vous pouviez immédiatement mettre en œuvre une décision politique, laquelle serait-ce?
Je voudrais que la médecine personnalisée devienne une référence établie dans le système de santé. Elle ne doit pas rester au stade de thème particulier, mais devenir un paramètre normal dans la recherche, la formation et la pratique clinique.
Swiss Gender Medicine Symposium 2026: là où les preuves rencontrent la pratique
Les 26 et 27 octobre 2026, le Kursaal de Berne accueillera le Swiss Gender Medicine Symposium – la plateforme interdisciplinaire pour la médecine de genre à l’interface de la recherche, de la pratique clinique et de la politique de la santé, avec des représentantes et représentants des cinq facultés de médecine de Suisse. Les différences spécifiques au genre dans la pharmacologie, le diagnostic et les guides de pratiques sont pertinentes sur le plan clinique – et passent trop souvent inaperçues. Le programme comprend des exposés, séances scientifiques et formats axés sur la pratique sur les thèmes de la santé masculine, de l’IA et des biais dans le Big Data.
- Accrédité CME avec 9 crédits ISFM
- Une traduction simultanée en allemand est proposée pendant toute la durée du symposium.
Bettina Balmer tiendra lors du Swiss Gender Medicine Symposium le lundi 26 octobre (14h45) un exposé introductif sur le thème «The Role of Politics for Equitable Health».
Biographie express
Bettina Balmer est spécialiste en chirurgie pédiatrique et cheffe de clinique à l’Hôpital pédiatrique universitaire de Zurich. Depuis 2023, elle est membre du Conseil national et depuis 2025 président du PLR.Les Libéraux-Radicaux Femmes.